" Nos Stades sont nuls! "

Les stades, chantier prioritaire du football français

Lumineux, d'une capacité de 20 000 places (extensible à 28 000), il est doté de multiples innovations technologiques. Inauguré, vendredi 15 février, à l'occasion du match de Ligue 2 entre l'équipe locale du Grenoble Foot 38 et Clermont, le nouveau stade des Alpes se veut "le plus moderne d'Europe".

Au-delà de l'événement, cette naissance marque symboliquement le coup d'envoi d'une vaste campagne de modernisation des stades français. Avec en toile de fond un objectif avoué : organiser l'Euro 2016 de football, événement majeur du calendrier sportif pour lequel la France se portera officiellement candidate dans quelques mois.

En l'état actuel, la candidature française n'a aucune chance de l'emporter, en raison de la vétusté de ses enceintes sportives. Conscients du retard, les pouvoirs publics ont mis en place une commission grands stades Euro 2016, composée d'une vingtaine de membres sous la houlette de Philippe Séguin, qui s'est réunie pour la première fois le 7 février.

Stades multifonctions à construire, d'autres à adapter, voire à détruire, le chantier est vaste et la commission rendra son rapport en septembre. "Notre objectif pour l'Euro 2016 est de disposer de huit stades compétitifs", précise Bernard Laporte, secrétaire d'Etat aux sports.

Si le cahier des charges de l'UEFA, l'instance dirigeante du football européen, pour 2016, n'est pas encore connu, on sait que les normes de l'instance européenne pour l'Euro 2012 imposent huit stades d'une capacité minimale de 30 000 places et deux autres de 50 000 places, pour l'ouverture et la finale.

En France, depuis 1984, seuls deux stades de plus de 30 000 places ont été construits : la Beaujoire à Nantes et le Stade de France à Saint-Denis en région parisienne. Contraintes administratives, absence d'investisseurs privés, réticences de certaines municipalités propriétaires des stades, les raisons de ce retard français sont nombreuses.

"C'est honteux ! Les gens en ont marre de venir dans des stades dégueulasses, sans sécurité ni agrément", souligne Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, et ajoute : "Le stade, c'est l'outil de base de la réussite économique d'un club...

Les exemples des voisins allemands et anglais sont mis en avant. Pour organiser le Mondial 1998, la France n'a dépensé que 600 millions d'euros pour douze enceintes. A lui seul, le nouveau Stade de France de Saint-Denis en a englouti 420 millions. La France n'a donc pas su profiter de cette occasion, rare, pour moderniser ses infrastructures sportives.

En faisant du dossier stades une priorité absolue avant le Mondial 2006, les Allemands ont investi 1,4 milliard d'euros (dont 50 % de fonds privés) pour en construire ou en rénover douze. Des endroits confortables et pouvant, pour certains, accueillir d'autres manifestations que sportives. Autrement dit, de véritables centres de profits.

Politique similaire en Angleterre où, à coups de centaines de millions d'investissements privés, la moitié du parc a été entièrement rénovée en dix ans. Là aussi, les stades rapportent de l'argent. En moyenne, les recettes de billetterie et de restauration enregistrées lors d'une journée de Premier League sont entre deux et trois fois plus élevées qu'une journée en Ligue 1.

Exemple frappant : le club londonien d'Arsenal, qui a quitté en août 2006 son vieux stade de Highbury (38 000 places) pour l'Emirates Stadium (60 000 places) vient de passer de la 9e à la 5e place du classement des clubs les plus riches du monde, établi chaque année par le cabinet Deloitte.

Désormais rassurés par la certitude de bénéficier, pour les quatre années à venir, de droits télévisés importants, de plus en plus de clubs professionnels français s'attaquent au dossier. Après Grenoble, Lyon, Lille, Valenciennes, Le Mans et Le Havre vont s'offrir de nouvelles enceintes. Nice devrait suivre le mouvement. A Lens, Lorient, Metz, Ajaccio, Dijon, Clermont et Reims, les stades vont être profondément rénovés. Au total, 1,5 milliard d'euros, provenant de fonds publics et privés, vont être investis.

Vu l'état des finances publiques, les PPP (partenariats public-privé) sont encouragés. Et le naming, opération qui consiste à baptiser, en contrepartie d'une redevance, le stade du nom d'une entreprise (l'Emirates Stadium à Londres ou l'Allianz Arena de Munich sont les plus célèbres), fait une apparition remarquée avec le futur stade du Mans, opérationnel fin 2009.

La compagnie d'assurances MMA s'engage à verser un million d'euros sur dix ans au club, dont l'enceinte est baptisée MMArena. A Lyon, le futur grand stade de 60 000 places devrait aussi prendre le nom d'une entreprise, moyennant quelques millions d'euros par an versés au club de Jean-Michel Aulas qui, pour décrire l'état actuel du parc français, a le mérite de la clarté : "Nos stades sont nuls !"

Source: lemonde.fr

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